Le langage "petite enfance" : comment travailler à l'inclusion des familles dans les dispositifs d'accueil de la petite enfance?
- Sophie Ignacchiti
- 10 mars
- 3 min de lecture
Il est fréquent de constater que l’imprégnation dans un champ spécifique d’une pratique, qu’elle soit sportive, de loisir ou plus professionnelle, entraîne avec elle tout un lot de dénominations, de termes techniques, de tics de langages, de mots banalisés. Toutes ces spécificités linguistiques sous-jacentes étant utilisées au fil de cette imprégnation dans la communication avec autrui comme allant de soi, rendant parfois nécessaire de resituer l’importance du « pas de côté ». Faire de cette marche symbolique un impératif pour adopter le point de vue de l’autre et ne pas considérer le langage comme un code unique, partagé de tous.
Se décentrer pour être accessible à l’autre et compréhensible !
Comment se sentir compétent et en harmonie communicationnelle lorsque l’autre nous parle de « pump track », flat, dirt et autres figures de free style si nous ne sommes pas coutumiers d’un sport de glisse. Et c’est pourtant de ce mouvement asymétrique dont il est parfois question lorsque l’on s’intéresse au champ de la petite enfance et plus spécifiquement de l’accueil collectif ou du moins en dehors du domicile.

Nous construisons la réalité par projections, adaptation, imagination projective à ce qui est déjà connu mais la crèche est loin des configurations du domicile ou de la classe de maternelle, supports de projections uniques pour les parents n’ayant jamais poussé la porte d’une crèche. Certes les médias, les documentaires et autres articles peuvent parfois être éclairants en poussant la porte à notre place et nous permettant d’entrer dans l’enceinte d’une crèche mais encore faut-il à ce moment-là être suffisamment ouvert et intéressé pour en retenir le modèle, en garder le souvenir. Cette question d’aménagement est moins prégnante pour les enfants accueillis chez des assistants maternels ou à domicile mais l’évacuation de cette question n’enlève en rien à la nécessité de s’approprier toutes les pédagogies, réflexions et professionnalisation mises en œuvre.
De ma place de psychologue de crèche, je constate, parfois avec lucidité, parfois avec étonnement, l’écart entre le langage professionnel des différents acteurs de la petite enfance et la manière dont les parents le perçoivent, le reçoivent et le comprennent. Libre-motricité, abaques, espace sensoriel…autant de mots banalisés transmis quotidiennement comme si la définition en était connue de tous mais donnant bien des sueurs froides à quiconque en face les reçoit sans en comprendre le sens.

Lors d’une visite en crèche dans laquelle j’accompagne une famille (dans ce cas-ci un père, une mère et leur premier enfant), une réaction parentale s’invite… « Oh mais tout est à hauteur d’enfant, il n’y a pas de mobilier « adulte ». Je pensais voir comme dans une maison » ! Comme une question ou un constat, cette remarque très pertinente et juste me fait ressentir l’écart de perception entre ma réalité de praticienne de terrain depuis de nombreuses années et la naïveté saine de cette famille, totalement hermétique jusqu’alors au monde de la petite enfance, n’y étant pas confrontée auparavant. Les codes de représentation de nombreux parents sont parfois les derniers souvenirs de collectivité remaniées et remis au jour, la mémoire collective de l’école maternelle que nous avons tous plus ou moins connus, notamment concernant parfois des attentes d’activité. Mais les lieux d’accueils de la prime enfance ont, a bien des égards, des caractéristiques fonctionnelles qui leur sont propres en fonction de l’enfant, de son développement et de son besoin.
Cette remarque me suit toujours dans ma pratique de psychologue de crèche, mettant l’accent sur la nécessité de se mettre non plus à hauteur d’enfant mais à hauteur de son parent pour l’accueillir, lui expliquer, décoder pour et avec lui et faire de l’alliance parents/professionnels un nid affectif et culturel suffisamment solide pour le développement harmonieux du jeune enfant.
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